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Ni vulgarité, ni pornographie Spécialiste en ingénierie, Phil pratique assidûment le «<i>Kinbaku </i><i>»</i>, une technique de bondage japonais datant de plusieurs siècles.Rencontre.


Le salon de l'érotisme se poursuit ce week-end à Mulhouse

Le «Kinbaku » s'inspire de pratiques japonaises ancestrales.
Lorsqu'il débarque sur scène avec son sac rempli de cordes et de mousquetons, Phil ressemble à un alpiniste s'apprêtant à faire une course en montagne.Mais la comparaison s'arrête là.Ce spécialiste en ingénierie ne gravit pas les sommets mais prend visiblement beaucoup de plaisir à s'adonner avec sa compagne Clo, à la technique sophistiquée du «Kinbaku», une forme de bondage ne comptant que peu d'adeptes en France. «C'est une pratique demandant beaucoup de travail et d'expérience», confie-t-il d'emblée. «Il n'y a pas de vulgarité ou de pornographie».Phil et Clo qui ont eu récemment les honneurs du magazine «Le Droit de savoir» sur TF1 réfutent évidemment le terme de déviance sexuelle. Présents dans le carré fétichiste du salon de l'érotisme organisé au parc d'expositions à Mulhouse, ils estiment simplement «jouer» et vivre une autre forme de sexualité. «Il est certain que le bondage peut s'avérer très dangereux», lâche Phil. «Il y a eu plusieurs accidents en France.Un mauvais point de compression ou un garrot mal placé peuvent engendrer des lésions physiques lourdes de conséquences».
C'est pourquoi Phil commence toujours par initier ses élèves aux règles élémentaires de sécurité: «Cela dure trois heures, il faut toujours être prudent.Personnellement, j'ai appris toute l'anatomie humaine».

Soumission, domination

Pour accroître ses connaissances et parfaire sa technique, Phil se rend deux fois par an au Japon. «Le Kinbaku était au départ une technique utilisée pour arrêter et tuer les brigands ou malfaiteurs japonais.La façon de les lier correspondait aux délits ou crimes qu'ils avaient commis.Aujourd'hui encore, certains policiers japonais se servent de cordes pour remplacer les menottes».
Selon Phil et Clo, le «Kinbaku» mêle gestuelle, soumission mais aussi domination.
Où se situe la frontière entre la douleur et la souffrance? «Ah, il s'agit d'un éternel débat», rétorque Phil, «on connaît bien sûr les points extrêmes de jouissance.Une séance réussie est une séance efficace».
Mais le milieu SM n'est-il tout de même pas un peu glauque? «Il faut démystifier certaines pratiques.Qu'est-ce qui est le plus violent? Taper sa femme lorsqu'on a abusé d'alcool ou jouer avec des cordes?».Contrairement aux apparences, les adeptes du «Kinbaku» ne font jamais de nœuds.
Ni marins, encore moins coulants. Le spectacle auquel se livrent Phil et Clo est assez étonnant.Déroutant même.Les manipulations s'effectuent toujours dans un curieux climat de tendresse partagée.Phil n'hésite pas à embrasser délicatement sa partenaire dès qu'il l'enserre, d'abord dans ses bras, puis ensuite dans des cordes de couleurs différentes. «Nous sommes un peu anticonformistes», avoue Clo, le corps recouvert d'une grande combinaison noire.
Le couple se produit un peu partout en France et chacune de ses apparitions rameute un public nombreux. «Le bondage se pratique dans tous les milieux de la société», assure Phil. «Beaucoup s'adonnent au Shibari, nous, nous évoluons un peu en première division, notre approche est différente, un peu élitiste et belle». Certes, leurs évolutions s'adressent à un public adulte et averti mais en aucun, l'un ou l'autre ne semble souffrir.
On ne sait pas trop qui domine qui, qui manipule qui. «Chaque figure que nous effectuons correspond à un code, à une position, comme au judo», détaille encore Phil.
Salon de l'érotisme.Mulhouse.Parc des expos.Entrée: 25€. Ouvert samedi et dimanche à partir de 14 h.

Dominique CAMPISTRONdcampistron@ estrepublicain. fr

© L'Est Républicain - 17.11.2007