Le Monde.fr : La renaissance d'Aceh après le tsunami de 2004 : un exemple à suivre ? LE MONDE | 20.01.10 | 14h03 • Mis à jour le 20.01.10 | 17h39 Djakarta Correspondance a reconstruction de la province d'Aceh et de l'île voisine de Nias, en Indonésie, frappées le 26 décembre 2004 par un tsunami qui ravagea les côtes nord de l'île de Sumatra, et plongea l'archipel dans le pire des chaos, pourrait servir d'exemple pour le gouvernement haïtien. Face à l'ampleur des dégâts, le gouvernement de l'époque mit en place, dès le printemps 2005, un organisme central, chargé de coordonner les programmes humanitaires : l'Agence de réhabilitation et de reconstruction (BRR) d'Aceh et de Nias, qui concentrait les pouvoirs de plusieurs ministères, disposait d'un rôle de commandement et pilotait les projets de restauration des zones sinistrées. Au total, il y en eut près de 12 000. Menés par quelque 500 associations et ONG internationales, les dossiers étaient enregistrés auprès de la BRR avec le détail des travaux, le nombre de bénéficiaires ou les indicateurs de succès. Cette centralisation permit d'instaurer une organisation et une discipline bienvenues dans ce paysage de désolation. Sur place, un travail de titan attendait les bénévoles : il a fallu redonner un toit à plus d'un demi-million de réfugiés, rebâtir des villes entières, restaurer ponts, routes, barrages, sauver un littoral ravagé et relancer une économie anéantie. "On participe à l'urgence, mais il faut songer dès le début à rétablir les activités de développement pour redonner un cadre de vie aux gens. C'est ainsi faire de l'humanitaire durable", explique Hervé Gazeau, responsable de la Croix-Rouge française en Indonésie. "Redressement durable" Pour mener à bien ces programmes, la BRR a évalué les besoins et a porté son intervention dans les secteurs les plus touchés : bâtiment, éducation, santé, assainissement, agriculture, forêt, pêche... Au premier anniversaire du tsunami, les problèmes d'acheminement de l'aide et de distribution de l'argent retardaient malgré tout les chantiers. Résultat, à la fin de l'année 2005, seuls 10 % des logements étaient reconstruits selon la Banque mondiale. "Le redressement durable nécessite un effort de cinq à dix ans", avait alors dit le 15 décembre 2005, Alex Jones, le coordinateur des opérations post-tsunami de la FAO, l'organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture. Le gouverneur d'Aceh avait lui aussi appelé les donateurs à rester engagés "au-delà de 2009". Selon la BRR, qui a dressé le bilan de son action fin décembre 2009, 140 000 maisons ont été reconstruites, 1 759 établissements scolaires ont été refaits à neuf, 1 100 hôpitaux et centres de santé ont rouvert et 363 ponts ont été restaurés ainsi que 13 aéroports et 20 ports. L'économie a été dopée par la réhabilitation de 67 000 hectares de terres agricoles, le retour à l'élevage, le remplacement de milliers de bateaux de pêche et l'encouragement à la formation professionnelle et la création d'entreprises. Au total, 6,7 milliards de dollars (4,7 milliards d'euros), sur les 7,2 engagés par le gouvernement et les donateurs internationaux, ont permis d'effacer les traces du passé. Dissoute comme prévu en avril 2009 et remplacée depuis par un organisme local qui suit les derniers projets en cours, l'agence indonésienne a servi de modèle pour la création d'un bureau national en charge de la gestion des désastres (BNPB). Arnaud Guiguitant Article paru dans l'édition du 21.01.10